Une des raisons de l'équipe de France en demi-finale

Publié le par Adrien

    Si l'équipe de France est en demi-finale, elle le doit d'abord à une défense de fer. Une véritable oeuvre collective chez les Bleus qui insistent tous sur l'importance de défendre en bloc. Comme en 1998, ils devront donc miser sur ce secteur s'ils veulent aller jusqu'au bout.

    On dit souvent qu'il faut une grande défense pour aller au bout dans une grande compétition*. Si c'est le cas, alors cette équipe de France a raison de rêver au titre. Ce qu'on pressentait lors des matches de qualification a éclaté aux yeux du monde : la défense est la grande force des Français en Allemagne. Malgré son peu de vécu, l'axe Abidal-Gallas-Thuram-Sagnol n'a encaissé qu'un seul but dans le cours du jeu (face à la Corée du Sud, 1-1). Il a en effet fallu un penalty à l'Espagne et à David Villa pour faire sauter le coffre-fort tricolore. Willy Sagnol a tenu la comptabilité après France-Brésil. "La rigueur défensive, coeur notre leitmotiv depuis maintenant plusieurs semaines. Depuis le début de la Coupe du monde, si on a eu 10 situations chaudes devant nos cages, c'est vraiment le maximum. C'est encourageant", rappelle-t-il.


    Avec seulement deux buts encaissés, la France se présentera donc face au Portugal avec la deuxième meilleure défense de la Coupe du monde. Une sacrée performance lorsque l'on sait que cette défense n'a joué que huit matches dans cette configuration, soit depuis les matches de préparation. Auparavant, Boumsong occupait l'axe au côté de Thuram alors que Gallas évoluait bon gré mal gré sur le côté gauche en attendant le retour de blessure d'Abidal. "La surprise, c'est le comportement qu'on a sur le terrain. Cette faculté à se replacer rapidement et à jouer tous en bloc. Ça a vraiment été une surprise pour moi, s'étonne Thuram. En règle générale, on se replace bien ensemble quand l'équipe a l'habitude de jouer ensemble. C'est l'expérience du vécu qui fait qu'on se comprend rapidement. Or, ça n'est pas le cas".

Vieira-Makelele, la clef

    Il semble désormais loin le temps où Zidane s'expliquait en plein match avec Gallas et Thuram. "Même pendant les derniers matches il y a eu des discussions, tempère simplement le défenseur de la Juve. Contre le Brésil, on s'est parlé avec les attaquants. La vraie question, c'est de trouver un juste milieu". Et il semble avoir été trouvé à l'image de l'entente désormais quasi-parfaite avec Gallas. "Les choses se passent relativement bien. Il n'y a pas beaucoup de matches derrière nous mais il y a beaucoup de discussions. Il y a beaucoup de respect. On essaye d'améliorer les choses pour le bien de l'équipe", déclarait-il après France-Espagne. Depuis, ils ont encore fait du chemin à en croire Gallas : "On est de plus en plus costauds. On s'entend bien. On se parle moins. Ça prouve qu'on se connait".


    A Hameln, tous les Bleus rappellent aussi l'abattage monstrueux de Patrick Vieira et Claude Makelele au milieu de terrain. "Claude et Pat ratissent beaucoup de ballons. Ils jouent devant notre défense, c'est-à-dire Lilian et moi. Et lorsque vous avez des joueurs comme ça devant vous, ça soulage. Ils font du très bon boulot", souligne ainsi Gallas. Makelele juste devant la défense, Vieira un peu plus haut, ces deux-là ont parfaitement trouvé leur place. "Ça n'est pas prémédité. C'est le fait de bien se connaître avec Claude. Le fait que ce soit un joueur qui aime rester devant la défense me permet aussi de participer un peu plus à l'animation offensive et d'aller plus vers l'avant. Mais la base de l'équilibre de l'équipe, c'est deux milieux défensifs, Claude et moi", explique Vieira. Et la France ne s'est jamais aussi bien portée depuis qu'ils tournent à plein régime à l'unisson.

Sagnol : "Je suis admiratif"

    La défense est devenue une véritable oeuvre collective chez les Bleus. "C'est bien si on a la meilleure défense mais la défense ce n'est pas seulement les quatre joueurs de derrière et les deux 6 (les milieux défensifs). C'est le bloc défensif, le collectif", insiste Eric Abidal. Tous les joueurs de l'équipe de France se sont passé le mot. "A partir du moment où vous jouez en bloc, que vous savez que c'est la clef du succès, et que tout le monde est prêt à respecter la consigne, ça veut dire que vous avez une équipe où chacun se respecte et où l'un et l'autre sont liés, avance Thuram pour expliquer le succès des Bleus en Allemagne. On a l'obligation d'êtres solidaires. C'est la base de tout. On n'est pas là pour faire son cinéma ou sa Coupe du monde. C'est le respect de chacun envers l'autre. Et je crois que c'est ce qui est en train de se passer".


    Tout le monde défend en bloc. Voilà le mot d'ordre de Raymond Domenech. Et le message est visiblement bien passé. "Autant, j'ai pu être critique quand ça n'allait pas pendant les éliminatoires, autant là, je suis admiratif par rapport au travail offensif effectué par les joueurs défensifs, avouait Sagnol après le Brésil. On voit qu'on a beau avoir de très bons défenseurs ou de très bons attaquants, si tout le monde ne fait pas les efforts pour les autres, on ne peut pas y arriver. On essaye de les mettre dans les meilleures conditions et eux essaient de couper les trajectoires au maximum pour qu'on ait le moins de travail possible à faire".

On défend en bloc

    Face à l'Espagne ou au Brésil, on a ainsi vu Zidane ou Henry faire le pressing de la première à la dernière minute. Sur les côtés, Malouda et Ribéry participent également à ce soutien défensif et on les a souvent vu empêcher leurs adversaires de centrer. Au point de sacrifier les attaquants ? "Pour moi, si on gagne à la fin, ça me va très bien, répond Thierry Henry. S'il faut que je me mette en quatre, que j'aille presser, et que je sois hors jeu, je le fais. Si on me voit moins et que je cours plus, il faut le faire. Ça part de là une équipe. Parfois, tu dois courir pour l'équipe. D'autres fois, c'est toi qui dois faire la décision. La fois prochaine, ce sera un autre".


    Car la défense, c'est la base de tout, même de l'attaque. "Lorsque l'on a des certitudes sur les bases défensives, ça laisse plus de liberté à ceux qui sont chargés du secteur offensif. Ça permet peut-être d'aller un peu plus loin que lorsqu'on est un peu hésitant. S'il y a un plus en terme de confiance, il est là", confie Domenech qui explique par ailleurs que "le style de l'équipe est adapté en fonction des joueurs qui composent un groupe. On ne décrète pas un style de jeu comme ça. On joue en fonction des possibilités des joueurs. S'il y a avait d'autres joueurs, on jouerait sans doute différemment. On joue dans un système pour bonifier les joueurs qui composent l'équipe".

Thuram : "J'ai connu ça en 98"

    Difficile de ne pas penser à 1998. La comparaison avec la formation des champions du monde, emmenée par l'invincible quatuor Lizarazu-Desailly-Blanc-Thuram, est en effet tentante. "J'ai déjà connu ça en 98. A cette époque, c'était déjà difficile de marquer un but face à la France. Depuis le début de ce Mondial, on est un peu dans le même état d'esprit", confirme Thuram. Cette philosophie est donc une sorte de retour aux sources pour la France après s'être laissé aveugler par ses certitudes offensives en 2002 et 2004 avec trois des meilleurs buteurs européens (Henry, Trezguet et Cissé). Résultat : 8 buts encaissés en 7 matches. Or, historiquement, la défense a toujours été la clef des succès tricolores. En 1998 et 2000, les Bleus n'avaient ainsi concédé que 5 buts en 11 matches si l'on écarte les matches sans enjeu face au Danemark en 1998 (2-1) et les Pays-Bas en 2000 (2-3).


    Si la France veut aller au bout, c'est donc une nouvelle fois sa défense qui devra l'y emmener. "On n'est plus une équipe comme avant qui peut dominer ses adversaires, mais on a d'autres qualités. On a des vertus défensives. On est devenu une équipe difficile à jouer. On a vu les Brésiliens essayer de jouer, ne pas y arriver et s'énerver", avoue Sagnol qui s'enorgueillit que la France soit une équipe "chiante à jouer". Seul hic, le Portugal est la meilleure défense du Mondial avec l'Italie comme le rappelle Thuram : "Eux aussi jouent très bien en phase défensive. Ils ont un peu le même schéma tactique que nous. Ils n'ont pris qu'un but. C'est pour ça que ce sera un match très difficile contre eux, beaucoup plus difficile que contre le Brésil. En tout cas, ce sera un match fermé".

* Depuis 1986, les cinq derniers champions du monde ont encaissé 0,54 but par match


BUTS ENCAISSES PAR LES CHAMPIONS DU MONDE DEPUIS 1966

                                2002 : 4 buts en 7 matches (Brésil)
                                           1998 : 2 buts en 7 matches (France)
                                1994 : 3 buts en 7 matches (Brésil)
                                1990 : 5 buts en 7 matches (RFA)
                                1986 : 5 buts en 7 matches (Argentine)
                                1982 : 6 buts en 7 matches (Italie)
                                1978 : 4 buts en 7 matches (Argentine)
                                1974 : 4 buts en 7 matches (RFA)
                                1970 : 7 buts en 6 matches (Brésil)
                                1966 : 3 buts en 6 matches (Angleterre)


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Publié dans Tout le foot

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